Je ne percevais plus rien de ce qui m'entourait, cette odeur de brulé datant du jour ou l'une des trois petites pestes de ma tante avait joué à la cuisinière, se servant malheureusement du vrai four pour faire cuire son gâteau en plastique, les cris et les rires disparaissaient et cette récente blessure due à un différent avec un ami, non plus rien ne me touchait.
Seule la musique du piano parvenait à mon âme, les touches froides sous mes doigts à peine réveillés, l'odeur de l'aurore d'un jour. Cette mélodie ... Elle me rappelait ma soeur... Dans quelques heures une voiture viendra me chercher et m'emmènera au pensionnat choisit par mon père. J'aurais tellement voulu que ma soeur chérie m'y accompagne. Je sais bien qu'après six longues années j'aurais dû m'en défaire un peu, même un tout petit peu, mais je n'avais pas pu. Non c'était vraiment impossible. Elle avait été moi, j'étais encore elle. Je pouvais la faire vivre, il fallait seulement que je ne l'oublie pas.
Les notes formaient en moi comme des jets de couleurs pales, le rose, le bleu, le vert, le jaune et d'autres encore se succédaient, s'entremêlaient, en formaient d'autres, disparaissaient, se croisaient, se recroisaient pour disparaitre et réapparaître. Ce spectacle était un vrai plaisir, il apaisait mon âme et occupait mon temps avant de partir.
Mes valises étaient prêtes, elles étaient toutes deux devant la fenêtre de ma chambre, un rayon de soleil éclaira ma figure lorsque j'ouvris la porte. La pièce baignait dans cette lueur chaleureuse. On m'avait appris que l'uniforme était obligatoire la plupart du temps au pensionnat, alors je n'avais pas pris énormément d'affaires. Ma robe préférée, je l'emportais partout où j'allais. Bien que les noeuds, les dentelles, le rose et tout ce qui faisait petite fille me rendait fou, cette robe était bien plus simple, courte, d'un bleu-gris très pale, des manches s'arrêtant avant les coudes légèrement volantes et un seul petit noeud sur le devant. Avec elle dans la valise rose, une ou deux ainsi qu'une jupe, un chemisier et plusieurs accessoires. Dans l'autre, la bleue, de quoi jouer les garçons de bonne famille propre sur soi, élégant, charmeur...
La voiture m'attendait, je pris ma veste, dis au revoir ma tante et ses filles puis le chauffeur me conduisit aux cerisiers.
L'air était frais et pur, je m'avança jusqu'à la porte, le Hall était immense. Une jeune femme aux cheveux aussi roses que les miens observait le bouquet posé au centre de la pièce.
"Bonjour, je me nomme Asaki Miura. Etes-vous Mlle Nakamura?"